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@ Pierre et Gilles

 

CRÉATION ÉTÉ 2014
Programmation à La Villette du 30 novembre au 3 décembre 2016

Après avoir abordé l’oeuvre de Shakespeare avec Hamlet en 2010 et Roméo et Juliette en 2012 aux Subsistances pour la Biennale de la Danse de Lyon, puis la poésie d’Ovide avec la création des Métamorphoses au Gogol Center de Moscou, c’est aujourd’hui dans l’écriture de Victor Hugo, que j’entends me plonger. Il y a pour moi comme une filiation dans ces différentes oeuvres qui ont marqué l’histoire de la littérature. Des écritures bouillonnantes, empruntes de tragique, mouvantes, en transformation. Elles ont interrogé et fait avancer les codes de leurs époques préférant le mouvement aux canons trop figés.
C’est dans ces écritures libres que j’aime m’engouffrer avec les outils qui sont les miens, ceux de mon époque, ceux que j’ai affirmé tout au long de mes créations contemporaines : la pluridisciplinarité, le mélange de théâtre, de danse, de cirque, de vidéo, les nouvelles technologies, les lumières des scénographies et les distributions issues de la diversité intégrant des acteurs de différentes origines. Ces éléments constitutionnels de mon théâtre, je les mets aujourd’hui au service de ces grands textes, de leurs enjeux littéraires et du jeu d’acteur. J’entends servir ces textes « monuments » avec un savoir-faire du XXIe siècle afin de leur rendre la grande popularité, la grande accessibilité qui étaient leurs en leur temps. Shakespeare réalisait un théâtre populaire, on écrivait des citations d’Ovide sur les murs des cités, Hugo, auteur du peuple par excellence, a créé avec Lucrèce Borgia, son plus grand succès théâtral, non pas à la Comédie Française pour l’élite mais au Théâtre de la porte St. Martin pour le peuple.
Il a rédigé cette pièce rapidement, passionnément, poussé par la mauvaise réception des représentations du Roi s’amuse au Français, en réaction face à la censure qu’il venait de subir.
Le Roi s’amuse montrait la monstruosité d’un homme du peuple sauvé par la paternité en s’opposant à la vulgarité des princes de France ; Lucrèce Borgia dévoile la monstruosité morale de l’aristocratie en cette figure de femme sanguinaire pure produit des vices de son époque, sauvée par le fait d’être aussi une mère.
Le texte d’Hugo est passionnant par la virtuosité de la langue qui s’y déploie, par les figures monstrueuses qu’il décrit : Lucrèce mais aussi son époux, son tueur de serviteur, le groupe de jeunes gens décadents et même Gennaro, héros positif qui finira monstre lui-même, empoisonné par l’atavisme dont il est la victime. Belle galerie de portraits, galerie de monstres.
L’histoire qui se raconte dans cette oeuvre est une grande histoire, elle retrace les frasques de la famille Borgia (en partie fantasmée par Hugo) et ce, de manière romanesque en s’inspirant de la liberté du drame shakespearien et des passions des tragédies antiques.
C’est une histoire puissante, apte à fédérer un large public captivé par la maîtrise incontestable d’Hugo pour la narration.
L’histoire est celle d’une mère, femme monstre, dévorante en quête de rédemption dans l’amour
qu’elle porte à son fils qui, lui, ignore sa filiation. Il ne pourra tout au long du récit nommer celle qu’il déteste plus que tout, Lucrèce Borgia. Elle est pourtant celle qu’il ne peut qu’aimer : sa mère.

Lucrèce Borgia se tient dans la lignée des grands personnages tragiques féminins aux côtés d’autres monstres sacrés, Médée, Phèdre, Philomèle… Lorsque celle-ci finira par se dévoiler afin de sauver son fils, il la tuera se révélant ainsi fils héritier d’un nom et de la monstruosité qui l’accompagne.
Un texte foisonnant de situations sublimes et de tableaux visuellement captivants. Le carnaval de l’ouverture, la scène d’humiliation publique de la femme-bête à la fin de l’acte I, le duel de monstres entre Lucrèce et son époux, l’inscription BORGIA sur la façade de la demeure qui une fois mutilée de sa première lettre fait résonner l’insulte ORGIA faite à la maîtresse des lieux, le banquet du dernier acte où les jeunes gens s’enivrent de vin, de sexe et de violence, jusqu’au dénouement du piège final qui fait apparaître les 5 cercueils des jeunes hommes condamnés par le poison des Borgias ou le double meurtre de Gennaro et de sa mère.
La création de Lucrèce Borgia est prévue pour l’été 2014 au Château de Grignan. Cette perspective est magnifiée par le cadre incroyable des représentations : en plein air, devant la façade XVIe du château, écrin sublime pour cette grande oeuvre. La demeure deviendra celle des Borgias, le temps d’un été. Il convient de lui offrir ce qu’il est venu chercher : une belle soirée d’été et la rencontre d’une oeuvre forte et accessible dans une langue passionnée qui élève les consciences.
Il ne faut pas lutter contre mais au contraire se laisser influencer par de tels endroits et leur permettre d’oeuvrer, d’imprégner le processus créatif. Tout naîtra de la déclinaison de cet élément : l’ouverture de l’oeuvre a lieu à Venise lors du carnaval, une fête, un bal.
Nous pensons avec les équipes de la création à la reprise en salle, à la nouvelle scénographie comme à la réalisation lumière et vidéo qu’elle implique. Il ne s’agira pas de chercher à  etrouver l’architecture particulière du château, sous peine de tomber dans un décor factice. Mais plutôt de décliner une structure en fond de scène qui naîtrait du plateau, de ce sol d’eau, en créant une architecture métallique, sorte de grill technique à la verticale. J’ai toujours été fasciné par les installations lumières qui plafonnent les scènes des théâtres, il s’agira de rendre visible ces éléments techniques et les projecteurs et d’inventer un «mur de lumière» apte à éclairer ce sol fluide, à envelopper les corps en mouvements, à se refléter dans l’eau noire du plateau, à éblouir parfois violemment comme le peut la vérité ou au contraire à napper d’ombre et de contre-jours ce qui doit être tu. Une esthétique plus contemporaine donc pour la reprise en salle mais non moins majestueuse que la façade d’un palais.
Un mois de répétition aura lieu en salle afin de préparer cette création suivi d’un mois in-situ en résidence à Grignan. Puis deux mois de représentations (entre 45 et 50 dates) durant tout l’été.
Mon idée pour conclure est de proposer une oeuvre populaire à la puissance littéraire indéniable, servie par de grands acteurs de théâtres capables de porter une telle langue (surtout en extérieur) et accompagnés des danseurs et des acrobates dont les présences et les apports artistiques marquent la singularité du théâtre que je défends […]
Lucrèce Borgia, à Grignan, cadre magnifique pour cette histoire spectaculaire, pour ce portrait de femme seule dans un monde d’hommes.

mise en scène et scénographie David Bobée
assistanat à la mise en scène et dramaturgie Catherine Dewitt
interprétation
Lucrezia Béatrice Dalle
Gennaro Pierre Cartonnet
Don Alphonse Alain d’Haeyer
Maffio Pierre Bolo
Oloferno Marc Agbedjidji
Ascanio Mickaël Houllebrecque
Jeppo Radouan Leflahi
Apostolo Harald Thompson Rosenstrøm
Gubetta Jérôme Bidaux
Rustighello Marius Moguiba
La Negroni Catherine Dewitt
composition musicale et chant Butch McKoy
lumière Stéphane Babi Aubert
musique Jean-Noël Françoise
vidéo José Gherrak
costumes Augustin Rolland, Pascale Barré
remerciements à Stéphane Barucchi
régie générale Thomas Turpin, Patrick Delacroix, Gilles Mogis
régies Grégory Adoir, Véronique Hemberger, Papythio Matoudidi, Julie Pareau, Fanny Perreau et Félix Perdreau (en alternance)*
production Philippe Chamaux
assisté de Julien Fradet, Adeline Bodin, Sarah Mazurelle
avec les équipes techniques et administratives du CDN de Normandie-Rouen
l’adaptation du texte est éditée à l’Avant-Scène