Le film

Lars von Trier aborde ici des sujets qui deviendront récurrents par la suite dans sa filmographie: l’amour, la bonté, le sacrifice. Bess est un cœur pur, le symbole du don de soi, de la relation d’amour désintéressée.

« J’ai longtemps voulu faire un film dont la force dynamique serait le bien. Il n’y aurait place que pour le «bien», mais comme on confond souvent le bien avec autre chose – quand on ne le méconnaît pas totalement – et parce que c’est une chose tellement rare, des tensions naissent forcément.

Le personnage de Bess représente le bien au sens spirituel… Elle vit surtout dans un monde imaginaire, n’ayant jamais vraiment accepté qu’existe autre chose que le bien. C’est une personne très forte qui prend l’entière responsabilité de sa propre existence, même si les autres peuvent penser qu’elle en est incapable ou même débile… Jan et Bess se rencontrent. Ils s’aiment tout de suite sans inhibition ni vergogne. Au commencement du film, nous pensons qu’ils sont faits l’un pour l’autre… Puis vient la séparation et l’accident. Au départ, Jan est réaliste. Il comprend bien qu’il ne sera plus jamais un homme à ses yeux. Et quand Jan ordonne à Bess de se trouver un amant, il le fait en toute sincérité. Il veut bien faire… En essayant de la sauver, il la perd. En cherchant à faire le bien ! En tentant de le sauver, en faisant le bien, le monde qu’elle aime se retourne contre elle. »

Lars Von Trier, 1995

BTW le film

Pourquoi passer d’un scénario au théâtre ?

« C’est après avoir déjà goûté à cet exercice (Blind date, Theo van Gogh, 2014) que j’ai eu envie de me replonger dans cette pratique. Le langage n’est pas identique, même si la finalité reste similaire : raconter des histoires. Beaucoup de metteurs en scènes se frottent de plus en plus à l’exercice. Comme si les (grandes) histoires du théâtre avaient déjà été (trop) souvent racontées.

S’emparer de ce scénario n’est pas fortuit – car à l’instar des grandes tragédies que nous connaissons, Lars von Trier s’empare de grands thèmes (amour, bonté, sacrifice) traités par les auteurs dramatiques. Il y a du « théâtre » dans cette histoire. Et puis, un scénario qui a 25 ans, implique aussi que toute une génération ne connait pas ou peu Breaking the Waves.

(…) C’est donc une histoire osée, perverse, extraordinaire et imbibée de controverse. Difficile d’accès – éprouvante pour certains, certes, mais dont l’impact émotionnel est vivace. Car derrière cette mise en scène morbide et mortuaire de la déchéance physique, «morale» et masochiste de Bess, ce qu’il reste c’est la force vive de la vie. La vie à tout prix, quel qu’en soit le sacrifice. »

Myriam Muller, metteuse en scène