Programme de salle

Retrouvez le programme distribué aux spectateurs les soirs de spectacle en cliquant ici. (PDF, 2400Ko)

Extrait

KOCH bas. – J’ai peur.
CHARLES bas. – Pourquoi ?
KOCH. – J’ai peur. Je ne sais pas pourquoi.
CHARLES. – Tu as ton arme ?
KOCH. – Une arme ? Non. Pourquoi ?
CHARLES. – Un flic ne viendrait pas dans un coin comme celui-là sans son arme.
KOCH. – Je ne suis pas flic.
CHARLES. – Fonctionnaire ?
KOCH. – Non.
CHARLES. – Privé ?
KOCH. – Non.
CHARLES. – Quoi, alors ?
KOCH. – Rien, normal, un particulier.
CHARLES. – Si c’est vrai, tu as raison d’avoir peur. (très bas) C’est des Weston ?
KOCH. – Quoi ?
CHARLES. – Les chaussures.
KOCH. – Ce n’est pas moi qui m’achète mes chaussures.

Revue de presse

Philippe Baronnet façonne, tout en ombres et lueurs, l’univers lugubre, peuplé de parias, dont Koltès fait dans Quai ouest la matrice d’une intrigue sophistiquée. De toutes les pièces de Bernard-Marie Koltès, ciselées comme des pièces d’orfèvrerie, Quai ouest, avec ses accents de polar, est sans doute la plus sombre, celle dont l’architecture est la plus complexe (1). Ici, c’est le lieu même qui semble forger les personnages et tisser à lui seul la trame d’une énigme complexe. Philippe Baronnet se saisit de cette géographie des marges pour donner corps à un univers lugubre, longue nuit trouée de lumière, peuplée de parias, de réfugiés, de dealers, de truands qui se meuvent dans un temps désarticulé.

Lire la suite sur L’Humanité.

Note d’intention

A lecture de la pièce et des notes de l’auteur, on sent immédiatement cette volonté d’embrasser le monde dans sa totalité. Dans ce hangar sont réunis hommes et femmes de quatorze à soixante ans, venant d’Afrique, d’Europe, d’Asie et d’Amérique latine. L’enjeu est donc d’arriver à constituer un groupe qui partage la même langue, celle de Koltès, mais sans imposer un « style », une forme trop présente qui nous ferait passer à côté de la richesse propre à chaque acteur. Dès lors, comment traduire la radicalité formelle de l’auteur tout en restant conscient de ce métissage et de la diversité du monde pluriel qu’il dépeint ? Sa langue est un véritable défi pour l’acteur. C’est tout sauf un langage parlé, voire un langage un tout petit peu proféré, où la frontière avec le langage parlé est très fine, comme dit Chéreau. Parce qu’elle impose ses propres lois : grammaire parfois bouleversée, ordre des mots inversé, répétitions… ; cette langue exigeante nécessite des acteurs chevronnés, conscients de sa poésie et capables aussi de la rendre physique, concrète, organique, sans passer à côté de la violence des situations et de l’humour des stratagèmes.

Philippe Baronnet, metteur en scène

Teaser

L’interview de Philippe Baronnet