Théâtre accessible

Du théâtre pour toutes et tous ! Inscrit depuis sa création dans une démarche d’accessibilité, le CDN a souhaité, pour la saison 2018-2019 développer son effort en direction notamment des publics en situation de handicap mental. Au-delà du travail mené sur le terrain par les relations publiques, comment rendre notre information et notre communication accessibles à tout le monde ?

Un exemple de réponse : le FALC (Facile à Lire et à Comprendre), un ensemble de règles européennes pour clarifier la présentation des documents. Cette saison, le CDN décide de tendre vers le FALC et propose une brochure spécialement écrite en français simplifié. Rencontre avec Fabienne Catelain, de l’agence Coccinelle Bleue [conseil en communication accessible et organisme de formation], qui a formé les équipes du CDN à cette méthodologie.

Qu’est-ce que le FALC, quel est son objectif ?
Le FALC a été créé par INCLUSION EUROPE, en collaboration avec 8 associations européennes qui font partie de son réseau, et qui ont travaillé pendant 2 ans à la réflexion sur « comment peut-on rendre l’information et la communication accessibles pour des personnes handicapées mentales, déficientes intellectuelles ? ». Mais les publics intéressés par la méthode aujourd’hui vont au-delà du handicap mental. On a tous les types de handicap cognitif, dont les TSA (troubles autistiques associés), les dys (dyslexie, dyspraxie, dysphasie), les handicaps sensoriels (handicaps visuels et handicaps auditifs) ; ainsi que d’autres publics qui vont être plutôt en difficulté d’apprentissage : des publics de langue étrangère qui parlent peu ou mal la langue française, donc des publics touristes, expatriés, étudiants étrangers, populations d’immigrés…

Quelles règles ont été établies pour la création d’un document « FALC » ?
Le principe de la méthodologie est de rendre l’information accessible tant par le fond – donc le travail sur le texte – que par la forme, la présentation du document. L’un ne peut pas aller sans l’autre. Si une mise en page n’est pas clairement faite pour rendre le contenu simplifié accessible, ça n’a aucun sens, et vice versa. L’idée est de simplifier le contenu – et de ne pas faire du simplisme, il faut tirer les gens vers le haut, il y a une vraie vue pédagogique par rapport à ce projet-là. On souhaite aider les gens à développer leurs connaissances, enrichir leur vocabulaire, pouvoir s’ouvrir plus au monde qui les entoure. Ce travail est compliqué : ce n’est pas évident de rendre un discours lisible sans tomber dans le côté infantilisant. Donc rendre le message clair, par des phrases courtes, avec du vocabulaire simple, en essayant d’utiliser le temps présent le plus possible.

On va utiliser un type de polices de caractères bien particulier, avec une taille de police suffisamment grande pour que les personnes déficientes visuelles puissent avoir un meilleur accès au contenu. Et puis on est toujours sur deux niveaux de lecture : le texte et les illustrations. Il faut que les illustrations puissent aider à la compréhension du document. C’est un travail très important, parfois fastidieux, mais vraiment nécessaire. On peut travailler sur du support écrit, mais également audio et vidéo. On va avoir la même façon de travailler pour du sous-titre ou des outils d’audio description, pour rendre accessible le message. On va avoir des projets également pour la signalétique. On se rend compte que dans les ERP (Etablissement Recevant du Public), c’est un point trop rarement pris en compte, trop rarement travaillé, et qui ne permet pas aux personnes d’être autonomes. Mais ça concerne tout le monde. Qui n’est jamais arrivé dans un bâtiment public sans comprendre la signalétique ? On se perd, et on a rapidement besoin d’une aide humaine pour nous diriger. Ce travail est très important et ne doit pas être négligé, beaucoup de personnes ont des difficultés d’orientation dans le temps et l’espace.

Quel rôle peuvent jouer les institutions, notamment culturelles ? Que peuvent mettre en place les institutions intéressées ?
L’information accessible rentre dans un tout, fait partie intégrante de la loi 2005. Une partie de la loi concerne vraiment l’information et la communication. Donc il y a obligation légale pour les ERP de rendre leur information accessible. Dans ce qui est contraignant, il y a différents points :

  • la formation des personnels. Toute personne qui va être en contact avec les publics doit être sensibilisée au facile à lire et à comprendre, et pour les personnes qui sont en charge de rédiger, de communiquer, la formation est obligatoire.
  • L’ERP a obligation d’adapter sa signalétique, de mettre toutes les informations permanentes à destination du public en version simplifiée : les numéros de téléphone d’urgence, les horaires, les jours d’ouverture… Il peut y avoir diverses informations concernées.
  • Il doit exister une plaquette de présentation du site, qui doit être proposée au public en version simplifiée. Et pour les sites complexes, un plan.

C’est ce que tout ERP doit mettre en place. Pour les structures qui se sentent impliquées, qui ont déjà une démarche d’accessibilité, les quelques outils mis en place peuvent être poussés beaucoup plus, on peut inventer et créer d’autres choses pour les publics en difficulté – mais pas seulement ! On se rend compte que ces outils servent pour tout le monde. Un message délivré de façon claire avec une présentation attrayante, simplifiée, dont l’essentiel du message est condensé en quelques lignes, beaucoup plus facile à mémoriser, attire forcément l’attention des personnes. Ce qui est bon pour certaines personnes l’est pour tout le monde. L’accessibilité est une notion universelle, c’est rendre confortable les espaces d’usage commun, et l’information en fait partie.

Extraits de notre programme rédigé en français simplifié

N’hésitez pas à le demander dans nos théâtres pour le consulter dans son intégralité et l’emporter chez vous.

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